Working space, flex office et bureau nomade • 1/4 • Les sièges sociaux

 

La problématique du bureau est au coeur des débats de design et d’architecture d’intérieur. En ce moment et jusqu’au 9 avril, la Biennale du design de Saint Etienne traite du thème : Working promesse, les mutations du travail. Malheureusement, je n’irai pas cette année, mais j’avais envie de développer ici ce sujet.

Les espaces de coworking connaissent un franc succès depuis quelques années, se développent de plus en plus et se multiplient. Il y en a même un à Tassin la demi-lune 😉

Des projets de sièges sociaux importants inspirés des startups et GAFA ont fait parler d’eux ces derniers mois. (Société Générale, Danone…)

Plusieurs conférences design et des articles de presse sur le flexoffice, le desk sharing et le bureau nomade sont parus ces six derniers mois…

Et je me suis aussi vraiment penchée sur la question personnellement sans avoir trouvé la réponse parfaite à mes besoins de liberté, mobilité, commodité, économie, autonomie, indépendance, depuis presque un an… Je travaille en homeoffice depuis deux ans et y trouve pleins d’avantages. Je vais néanmoins d’ici peu, (un peu de retard de pris dans les travaux/ l’installation…) travailler depuis un bureau indépendant. Je reviendrai sur ce point qui fera l’objet d’un autre post 😉

Bref, ce sujet du bureau et du lieu de travail est une question qui me semble intéressante et en constante évolution.

On retrouve le concept du bureau nomade à toutes les échelles et dans tous les cas de figure : énormes sièges sociaux comptant plusieurs milliers d’employés, aux freelance, en passant par les PME.

Je vous propose donc dans cette rubrique Tendances, une petite série d’articles autour de cette thématique du BUREAU :

  • N°1 : les nouveaux espaces de travail au sein de grosses entreprises et sièges sociaux
  • N°2 : les espaces de coworking
  • N°3 : le homeoffice
  • N°4 : le bureau de l’Atelier la Luna

 

Les bureaux d’entreprises et sièges sociaux

Ce premier article concerne donc le design et l’architecture d’intérieur des bureaux au sein d’une même entreprise. Les travaux de restructuration de plusieurs sièges sociaux ont amenés des questions de design et de space management  sur l’action de travailler, et de collaborer.

David Layani, à la tête de One Point, société de conseil et services numériques comptant 1800 salariés applique le principe d’entreprise « libérée » : les managers sont devenus des leaders, plus de responsabilités pour les équipes et les employés, moins de hiérarchie…Et tout ceci se retrouve dans la conception et l’aménagement intérieur des locaux.

« Ce que je veux, c’est que chacun puisse s’exprimer, qu’il y ait de la mobilité, qu’on ne reste pas ad vitam aeternam au même endroit. Le maître mot, c’est la bienveillance… » dit-il.

 

« Le bureau n’est plus une propriété cloisonnée mais un espace de confort et de bienêtre, l’espace de travail incarne un lieu où on libère les gens plutôt que de les enfermer.» dit-il encore.

 

Indéniablement, le bureau physique est en train d’évoluer, et la dimension nomade est incontournable. Cette notion de bureau partagé fut d’abord créée par Starbucks. C’est le premier qui a commencé à proposer : une connexion et du réseau, du café, un endroit chaud, et des gens qui passent…

Aujourd’hui, l’ordinateur portable est dans 98% des cas, l’outil de travail du secteur tertiaire. Cette prédominance du laptop nous fait repenser notre manière de travailler, notre rapport au lieu de travail. Cette mobilité, et la disparition d’une nécessité d’être relié à un câble et à une table attitrée est donc une problématique contemporaine.

D’autre part, avec la crise de l’emploi et l’instabilité professionnelle, le travail a perdu cette idée ancienne d’avoir une «belle situation», «de faire carrière». Le bureau n’a plus cette notion de gratification, de situation et de construction.

Et enfin, on recherche les échanges, la connectivité avec les autres.

Un espace de travail aujourd’hui doit donc proposer confort, luminosité et avoir une bonne connexion.

Aujourd’hui, on casse l’image traditionnelle du bureau et le modèle de poste de travail avec les photos des enfants et du chien, la ligne fixe, le calendrier cartonné et le repose-pied…

Les entreprises cherchent à proposer des environnements douillets. Les locaux deviennent un enjeu de management interne et un véritable argument de Ressources Humaines.

Le design devient un outil de réflexion sur le travail, un outil de programmation. La question de la photogénie des bureaux est aussi devenue une véritable volonté voire nécessité.

A priori, 50 à 70% des informations essentielles d’une entreprise sont dites en dehors des réunions, mais plutôt à la photocopieuse, en pause ou à la machine à café…

L’idée aujourd’hui est d’aborder la conception de ces openspaces comme des moments de vie. Il ne s’agit plus de traiter des fonctions, qui sont simplement : manger à plus ou moins de monde, s’arrêter, discuter, de manière plus ou moins privées, papoter, se connecter, s’asseoir, rester debout, réfléchir… « On crée un espace flou non divisé et dans lequel il faut trouver une réalité de vie parfaitement fonctionnante.» affirme Christophe Pillet, designer et architecte d’intérieur français du projet Société Générale, Val de Fontenay.

En effet, dans les bureaux des « Dunes » Société Générale, le Flex Office est de mise : les collaborateurs n’ont pas de bureaux attitrés.

« On cherche aujourd’hui à gérer l’indiscipline plutôt que de la discipline : dans ces espaces, on retrouvera rapidement, deux fauteuils occupés par une personne, les chaises de la cafétéria utilisées dans la salle de conférence, etc. » Christophe Pillet

 

L’idée est donc de gérer davantage ces perturbations et accidents, par le design et le mobilier. Ce mobilier n’appartient plus à la typologie classique du tertiaire, ce sont plutôt des meubles de designers singuliers, d’artistes ou d’artisans.

Les espaces de bureaux deviennent photogéniques. La question se pose pour les espaces réservés au Top Management / Directoire et Board de ces grosses entreprises. Sont-ils soumis ou non à ces nouvelles formes de travail ? Comment aborder ces lieux ?

Christophe Pillet, pour le projet de la Société Générale parle d’un autre rapport au pouvoir et au statut. Il a abordé ces espaces comme les autres endroits, avec un esprit alternatif. Sans échapper à la table pour 20 personnes et un écran, il a créé un espace moins confortable et plus propice au travail (qu’aux cocktails et petits fours).

« La représentation statutaire est différente, il n’y a plus cette dimension symbolique, grâce aux nouveaux inputs de travail et de collaboration. » C.Pillet

 

Le lieu de travail devient donc flou et alternatif pour être flexible et pour s’adapter à toutes nos formes de travail et de collaborations, nos besoins d’échanges, de réunions de dialogues, mais aussi de concentration, de réflexion, de silence ; de connectique…

 

Bureaux Les Dunes, Société Générale : 

 

Bureaux Danone, Boulevard Haussman, Paris :  

 

Bureaux Agence de pub BETC :  

 

La Biennale du Design de Saint Etienne réinstalle des dispositifs du Siège de l’agence BETC. Cette agence de publicité a déménagée de l’autre côté du périphérique à Paris, dans les Magasins Généraux de Pantin. Le projet d’aménagement intérieur et de direction artistique fut mené par T&P Work UNit. On retrouve à la Biennale, plusieurs de leurs dispositifs liés à cette réflexion sur le travail d’aujourd’hui que je trouve intéressants et alternatifs, notamment les cellules de réflexion imaginée par l’architecte Jean-Benoît Vétillard qui a voulu « créer de nouvelles typologies et espaces de bureau répondant à de nouvelles formes de travail.»

Dans ce projet, il revisite et réutilise les nombreuses tables Less de Jean Nouvel des anciens locaux de l’agence, pour créer des capsules d’isolement. Il les a empilées et a créé une structure, un espace individuel de travail isolé visuellement des perturbations, par des rideaux anti-mouches :

 

U6 de J-B. Vétillard

 

Mon avis :

Face à ces idées, ces projets, ces objets de design, etc. je trouve les questionnements et réponses intéressants et pertinents. Mais concrètement et dans la pratique, je crois que chacun se lasse de ranger et déblayer sa place tous les jours, voire plusieurs fois par jours (pause de midi). Ne pas retrouver ses affaires, devoir tout transporter tous les jours, perdre le fil ou fermer ce qu’on était en train de faire pour aller déjeuner, restent une contrainte du nomadisme.

A une toute autre échelle que Danone ou BETC, j’ai travaillé chez MNIOO, où on était quatre personnes dans un openspace offrant un linéaire de plan de travail disponible sur lesquels chacun d’entre nous pouvait venir se pluguer. Après une semaine, on pouvait observer la sédentarisation de chacun. L’un avait accroché sa moodboard en cours sur le mur face à lui, l’autre avait sa pile de bouquins et magazines de références sur la table, carnets, post it, tasses… Chacun s’était rapidement attribué un poste de travail et une place.

Je trouve donc l’évolution design du lieu de travail intéressante. Travailler dans un lieu flexible, confortable, lumineux, agréable à voir et à montrer, me semble important. Cependant, je ne pense pas que ce soit si « cool » que ça, à la longue et au quotidien. Je crois qu’on s’est tous lassé de travailler à l’époque à la bibliothèque de la fac qui proposait finalement des espaces de ce type : disponibles, avec des assises, des prises, des lampes, des espaces pour travailler seul, en groupe, etc.

Pour moi le nomadisme a ses limites, notamment de confort. L’anonymat du poste de travail (sans dire que chacun doit mettre la photo de son chat) est une contrainte, car avoir ses outils de travail est un luxe très appréciable.

Je crois qu’on cherche aussi à pouvoir couper et différencier son travail de sa vie personnelle et extérieure. Pouvoir déconnecter est nécessaire et bénéfique pour tout employé d’une société. Et cette façon de pouvoir finalement travailler partout / tout le temps, de recevoir à toute heure ses mails et échanges professionnels, n’est pas si « cool » que ça. Le burn-out est d’ailleurs apparut relativement récemment, avec l’usage des smartphones 24h/24 et l’accès à tout ce qui concerne la vie professionnelle à toute heure du jour et de la nuit…

 

Tomoko de Vivero

 

Desk 74 de S. Breuil-T&P Work UNit

 

Fauteuil Capisco de Håg

 

Gradins d’Adrien Rovero

Vous pourrez voir toutes ces créations à la Biennale de Saint Etienne ! Have fun !

Et retrouvez la suite des posts de cette série sur la thématique du Bureau dans les semaines à venir, rubrique Tendances 😉

1 Comment
  • Pauline Laffont

    05/04/2017 at 12 h 18 min Répondre

    Concernant les futurs espaces de travail, on peut raisonnablement penser que les entreprises vont conserver un siège social où seront localisées les activités de coordination. Ce siège social proposera une ou deux salles de réunions pour pouvoir se retrouver physiquement quand nécessaire. Les locaux appartenant à l’entreprise seront réduits au minimum, ce qui permettra de réaliser des économies de loyers. Les entreprises auront ensuite recours à des espaces délocalisés utilisables à la demande. Certaines plateformes spécialisées comme Space & You (www.spaceandyou.fr) permettent déjà aux organisations de gérer leurs « espaces délocalisés » en fonction de leurs besoins. Ces espaces satellites peuvent être de différentes natures : bureaux ou salles de réunion inutilisés au sein d’entreprises tierces, télécentres, espaces de coworking, cafés, mais aussi logements résidentiels convertis en locaux professionnels…Les entreprises pourront ainsi s’adapter à la flexibilité croissante des pratiques de travail (télétravail, nomadisme), mais il sera en revanche impossible d’harmoniser le ‘look and feel’ de ces locaux à usage éphémère. Dans ces conditions, c’est la préservation de la culture d’entreprise qui devient l’enjeu.

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